Les étapes à franchir

Des règles à suivre

L’Église ne propose pas des modèles de sainteté à la légère. Les règles à suivre pour déclarer une personne sainte sont strictes et les étapes pour y arriver sont nombreuses.

Le droit canon a évolué au fil des siècles, et la dernière révision des lois régissant le processus de canonisation date de 1983.

L’ensemble de ces directives est rassemblé sous le titre de « Nouvelles Lois pour les Causes des Saints », et a été publié sous l’égide de la Congrégation pour la Cause des Saints (CCS), un dicastère de la curie romaine (autrement dit un ministère du gouvernement de l’Église à Rome, au Vatican).

Le processus de canonisation se divise en plusieurs étapes. Vénérabilité, béatification, canonisation en font partie. Ainsi, les démarches pour faire de Rosalie Cadron-Jetté une sainte ont franchi l’étape de la vénérabilité. Mais quelle que soit l’étape atteinte, on parle toujours de la cause de canonisation, ou du procès de canonisation, le mot canonisation devenant ainsi un terme générique.

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Enquête et Tribunal diocésains

Comment s’y prend-on pour faire canoniser quelqu’un?

La condition de base à respecter absolument : il faut que cette personne jouisse au moment de sa mort d’une réputation de sainteté attestée par plusieurs témoins capables d’affirmer, en se basant sur plusieurs faits, qu’elle a pratiqué toutes les vertus (tant théologales que cardinales) de façon héroïque, c’est-à-dire « au-dessus de la manière commune ». Une cause de canonisation ne peut être entamée que cinq ans après le décès de la personne. Seul le pape peut passer outre à ce règlement par décret, comme ce fut le cas, par exemple, pour le pape Jean-Paul II décédé en 2005.

Si la réputation de sainteté d’une personne ne se dément pas, il revient à un individu ou à un groupe d’individus (paroisse, diocèse, communauté religieuse, association de croyants, par exemple) de demander l’ouverture d’une enquête sur cette personne, dans le but ultime de la faire canoniser. Ces demandeurs sont alors désignés par le nom d’« acteur ».

L’acteur mandate ensuite un postulateur, c’est-à-dire une personne chargée de rassembler tous les documents et témoignages sur la vie de la personne décédée en réputation de sainteté. Le mandat du postulateur doit être confirmé par l’évêque du diocèse où se déroulera l’enquête canonique (l’« évêque compétent »).

Normalement, cette enquête se déroule dans le diocèse où la personne décédée a vécu et a œuvré. L’évêque compétent détermine s’il y a lieu d’introduire la cause de la personne décédée à Rome auprès de la Congrégation pour la Cause des Saints (CCS), qui doit ensuite émettre une autorisation confirmant qu’aucun document n’a été trouvé dans quelque bureau que ce soit au Vatican qui empêcherait le tenue de l’enquête.

Une fois cette étape franchie, l’évêque compétent ouvre l’enquête diocésaine et on met sur pied le Tribunal diocésain afin d’instruire le procès de canonisation. À partir de ce moment, on désigne la personne décédée sous le vocable de Serviteur ou de Servante de Dieu. Rosalie est désignée sous ce vocable depuis le 6 novembre 1990, date de l’ouverture officielle du Tribunal diocésain pour son procès.

L’évêque compétent ou son délégué préside le Tribunal, qui comprend entre autres un prêtre qui porte le titre de « Promoteur de justice », et dont le rôle est de préparer, de concert avec le postulateur, les questions à poser aux témoins. De plus, on nomme un « notaire », clerc ou laïque, qui prendra les dépositions des témoins par écrit. Ces témoins proviennent de l’entourage naturel de la Servante de Dieu, famille ou descendants, de membres de sa communauté, de personnes qui l’ont côtoyée ou qui ont ressenti son influence dans leur vie.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 68-71.

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Actes du Procès et Positio

On vérifie ensuite que la Servante ou le Serviteur de Dieu ne fait l’objet d’aucun culte public, puis l’évêque compétent émet une Déclaration de non-culte public. On peut alors procéder à la rédaction finale des Actes du procès diocésain, qui seront ensuite envoyés à Rome où ils seront vérifiés par le sous-secrétaire de la CCS. Un décret de validité des Actes est alors émis. Le décret sanctionnant les Actes du procès pour la cause de Rosalie a été signé le 29 janvier 1993.

Si le tout est déclaré conforme aux normes, on passe à l’étape suivante. La CCS nomme un « rapporteur » basé à Rome, dont la charge essentielle est de présenter tous les éléments recueillis au cours de l’enquête et du procès diocésains (actes et documentation) et de remettre une Positio comprenant deux parties : sont présentés dans la première partie le profil biographique, l’historique de la cause, les vertus de la Servante de Dieu. La deuxième partie renferme des témoignages sur lesquels se fonde l’information contenue dans la première partie. Le rapporteur travaille de concert avec le postulateur pour la rédaction de la Positio.

La Positio sur Rosalie fut déposée à Rome à la CCS le premier juillet 1994, et approuvée par les Experts historiens à l’unanimité le 29 mars 1996. Ces historiens nommés par la Congrégation pour la Cause des Saints sont chargés d’évaluer la valeur scientifique de la méthode utilisée pour rassembler et présenter les éléments soutenant la réputation de sainteté de la Servante de Dieu.

L’étape suivante a réuni un comité d’Experts théologiens qui se sont prononcés sur la validité des faits spirituels, le 30 novembre 2011. Puis un comité composé de Cardinaux et d’Évêques ont rendu leur verdict en décembre 2013. La vénérabilité est accordée à un Serviteur ou à une Servante de Dieu lorsque les trois instances se sont prononcées. La Congrégation pour la Cause des Saints rédige alors un décret sur l’héroïcité des vertus de la Servante de Dieu, décret qui a été promulgué par le pape François en audience publique, le 9 décembre 2013.

Étapes suivantes

L’étape de la béatification, par laquelle la Servante de Dieu deviendra «bienheureuse» et le Serviteur de Dieu «bienheureux», requiert quant à elle la constatation d’un miracle attribué directement à son intercession. Le miracle est une guérison physique inexpliquée selon l’état des connaissances actuelles, on le verra plus en détails dans les pages suivantes.

Lorsqu’un tel événement survient, on procède à l’assemblage d’un dossier médical complet, que l’on soumettra à l’expertise médicale de la Consulta Medica, à Rome. Ce comité regroupe des experts du monde médical et de la recherche, choisis par la CCS parmi un ensemble d’individus croyants et non croyants. On demandera aux membres de ce comité de porter un jugement sur le caractère extraordinaire de la guérison. Il est important de retenir qu’on ne demande pas aux experts médicaux de se prononcer sur la nature miraculeuse de l’événement mais seulement sur son aspect exceptionnel.

Sur verdict favorable, les démarches peuvent continuer : on porte le cas devant un comité d’experts théologiens et de cardinaux qui décideront si on se trouve en présence d’un authentique miracle, attribuable à la seule intercession de la Servante ou du Serviteur de Dieu.
Le pape émettra un décret consacrant la béatification du ou de la vénérable, qui pourra alors être priée en public, dans le diocèse où il ou elle a vécu.

La canonisation, quant à elle, réclame un miracle supplémentaire, pour lequel les mêmes étapes que pour la béatification seront respectées. Le bienheureux ou la bienheureuse deviendra alors saint ou sainte, et on pourra la prier dans le monde entier. La personne sera alors proposée à la piété universelle, comme un modèle à suivre et à imiter par tous les chrétiens du monde entier.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 72-74.

Guérison inexpliquée

Pour qu’une cause de canonisation puisse progresser, l’Église demande qu’un miracle soit attribué à l’intercession de la personne que l’on veut voir canonisée. L’Église considère comme miraculeuse une guérison physique soudaine, complète et permanente obtenue après des prières adressées directement à la personne à canoniser.

Si une telle guérison inexpliquée se produit, il faudra franchir plusieurs étapes avant que cette guérison soit considérée comme miraculeuse.

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Les médecins ne sont jamais habilités à se prononcer sur le caractère miraculeux d’une guérison. C’est l’Église qui se prononcera sur ce sujet, après une enquête approfondie. Le dossier médical de la personne guérie sera fouillé, et des examens médicaux supplémentaires viendront confirmer le caractère soudain, complet et permanent de la guérison. On demandera des témoignages de l’équipe soignante, de même que ceux des personnes ayant demandé l’intercession.

Un procès canonique n’est pas public. Le nom de la personne guérie peut demeurer confidentiel, et ne sera pas dévoilé au grand public à moins d’une permission expresse de la personne guérie ou de ses parents ou tuteurs.