La sainteté

Rosalie est-elle sainte?

Lorsqu’une personne donne durant sa vie un exemple remarquable de pratique des qualités chrétiennes, son souvenir demeure vivant dans la tête et le cœur des gens qui l’ont côtoyée. Comme elle l’a fait durant sa vie terrestre, cette personne après sa mort continue à inspirer ses contemporains puis ses descendants en des cercles concentriques de plus en plus grands.

Sa renommée de sainteté s’établit, on en parle comme d’une sainte, on la considère comme un modèle extraordinaire à suivre et à proposer aux autres.

C’est ce qui s’est produit avec Rosalie Cadron-Jetté. Après sa mort, ses sœurs en religion, sa famille, sa sœur, ceux qui l’ont côtoyée et connue ont porté témoignage sur ses vertus et surtout la pratique intégrale qu’elle en faisait. On parlait d’elle comme d’une sainte.

Ainsi, une fille accueillie par la communauté à la suite de sa grossesse illégitime écrivit à sa mère :

« Ne t’inquiète pas, maman, je deviens une bonne fille. Je fais une neuvaine à ton intention, car les Sœurs ici nous font prier leur Fondatrice qui était une sainte ».

Les premières mères, religieuses contemporaines de Rosalie, parlaient de leur fondatrice Mère de la Nativité comme d’une personne exemplaire. Beaucoup d’autres personnes ont fait de même.

Cette réputation de sainteté, qui repose sur l’exemple donné durant la vie de la personne, représente le premier pas dans la reconnaissance de la sainteté véritable. Rosalie a donné un exemple assez impressionnant pour que l’on désire le faire reconnaître par l’Église, afin qu’elle soit proposée en modèle à tous les chrétiens. Comme l’a dit Mgr Bourget en 1881 : « Il faut que vous ayez assez de foi et de confiance en sa protection [Rosalie], pour en obtenir des miracles, et alors l’Église se prononcera. » On le voit par ces dernières paroles, l’Église ne fait pas des saints et des saintes à la légère.

Pour répondre à la question qui coiffe la présente section, Rosalie n’est pas encore officiellement sainte. Cependant, beaucoup de personnes lui font confiance et son exemple continue d’inspirer ces personnes dans leur vie de tous les jours. Rosalie est une présence agissante dans l’existence de bien des gens. C’est pourquoi on croit pertinent de poursuivre les démarches nécessaires à sa canonisation, afin de la proposer en exemple à tous les chrétiens du monde, autrement dit à l’Église universelle.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 20 et ss.

La communion des saints

Dans la foi catholique, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Mais pourquoi alors parler de la communion des saints, alors que peu se sentent près de parvenir à la sainteté?

Lorsque l’Église catholique enseigne que l’appel à la sainteté est universel, elle indique par là que tous ceux et celles qui ont cru au Christ depuis son enseignement, sa mort sur la croix et sa résurrection, qu’ils soient morts ou vivants, sont inclus dans cette notion englobante d’universalité.

Or, Jésus est « à la droite du Père » depuis presque deux mille ans! Des milliards de personnes ont donc cru en la Bonne Nouvelle et en Celui qui l’a annoncée. Tous ces morts, décédés dans la foi, sont maintenant retournés dans la Maison du Père, et participent déjà à la gloire de Dieu à divers degrés. Ils peuvent donc prier pour les vivants.

Ces chrétiens décédés ne sont pas disparus dans un paradis inaccessible, sans aucune communication entre eux et les vivants… Un lien peut être établi entre les deux mondes, et ce lien, ce n’est pas par le spiritisme et autres manœuvres aux résultats incertains qu’il s’établit!

Ce lien, c’est par la prière qu’il se crée. Par la prière, on peut entrer en « communion » avec ces ancêtres dans la foi. Ainsi, la communion des saints parle d’une réalité bien simple et très belle : ces mots désignent le lien qui se tisse entre les vivants et les morts.

Rosalie à notre écoute

Mère Rosalie, qui a tant écouté ceux qui venaient lui demander aide, protection et conseil durant sa vie, continue-t-elle à accueillir tous les priants et les priantes qui lui font confiance et s’adressent à elle? Mais oui! En priant Rosalie et en lui demandant d’intercéder auprès du Christ Seigneur, on vit à plein la communion des saints : une communication par la prière avec Rosalie permet d’entrer en communion avec elle, dont la vie entière a témoigné de son désir de se rapprocher toujours davantage de l’Amour de Dieu.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 51 et ss.

Les miracles

Qu’est-ce qu’un miracle?

Les miracles sont un moyen que se donne Dieu pour rejoindre ses fidèles, ils sont la manifestation de la puissance de son amour pour l’humanité. Les miracles existent toujours dans un contexte qui les dépasse. Une guérison spontanée et complète, si elle n’est pas vécue dans un contexte de foi, n’est pas considérée comme un miracle, mais bien comme un prodige.

Un fait extraordinaire, s’il ne profite qu’à celui qui le reçoit sans apporter un enseignement à toute sa communauté, n’est pas un miracle. Une révélation privée, qui ne fait pas avancer la foi des chrétiens, n’est pas considérée comme un miracle non plus.

Un « miracle » qui contraint la personne à croire en une puissance qu’elle ne reconnaîtrait pas autrement (un magicien par exemple) n’est pas un miracle, mais une supercherie. Pour qu’il y ait miracle, le contexte croyant est essentiel, et on doit pouvoir constater que le miracle fait avancer, progresser la personne qui en bénéficie, et par extension toute l’Église, le Peuple de Dieu en marche, l’assemblée des croyants. Le miracle doit permettre en d’autres mots de prendre contact avec la puissance de l’amour divin, il doit en être le signe.

Les miracles tiennent une place très importante dans les évangiles, à la fois par l’espace qu’ils occupent et par le rôle essentiel d’enseignement qu’ils y jouent. En quoi les miracles de Jésus se distinguent-ils de ceux de ses contemporains guérisseurs? Par leur dimension enseignante et par leur portée communautaire.

De plus, Jésus ne tentait jamais de tirer profit de ces miracles pour sa gloire personnelle, fuyant par exemple sur la montagne après le miracle des pains et des poissons, ou alors défendant au paralytique de parler de lui.

Les miracles : des signes comportant un enseignement et permettant de mieux saisir la bonté et l’amour de Dieu pour l’humanité à travers Jésus son Fils. Ils servent également à amener les croyants à approfondir leur foi en voyant ces signes concrets de la puissance et de l’amour divins. Pas de miracle sans foi, car comment imaginer un signe de la présence de Dieu dans un contexte hostile? Nous sommes invités à espérer l’avènement du Royaume de Dieu, les miracles nous en donnant un avant-goût et une illustration.

Pourquoi Rosalie devrait-elle accomplir un miracle pour devenir sainte?

Rosalie, qui a pratiqué les qualités chrétiennes de façon héroïque durant sa vie, a voulu suivre en tout point le modèle du Christ, le Fils aimant du Père miséricordieux. Elle l’a fait avec l’aide de l’Esprit saint qui l’a éclairée et guidée durant son existence terrestre.

Cette intégration complète des enseignements de l’Évangile en Rosalie l’a menée sur la voie de sainteté. Elle a répondu à l’appel lancé à tous. Maintenant en présence du Père, Rosalie intercède pour tous ceux qui la prient et lui font confiance.

Si un miracle survient grâce à son intercession, ce sera un signe tangible de sa sainteté, c’est-à-dire de sa proximité avec le Seigneur. Le miracle sera en quelque sorte une confirmation de la sainteté de Rosalie, Servante de Dieu. L’Église pourra donner Rosalie Cadron-Jetté en exemple à tous les croyants, la proposer en modèle à suivre pour que chaque croyant puisse à son tour cheminer vers la sainteté.

Il devient alors facile de comprendre pourquoi il faut prier et espérer en un miracle attribué à l’intercession de Rosalie. Un tel événement viendrait confirmer que Rosalie participe à la parfaite sainteté de Dieu, en plus d’en faire un membre de la compagnie des saints et des saintes dont la vie et l’exemple guident tous les chrétiens dans leur progression vers Dieu.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 90 et ss.

Comment devient-on saint?

L’appel à la sainteté

On ne peut parler de sainteté sans aborder ce qui a constitué une petite révolution durant les travaux du concile Vatican II, la vocation universelle à la sainteté. Oui, nous sommes tous appelés à la sainteté! Difficile à croire? C’est pourtant le thème que l’on développe au chapitre 5 du document sur l’Église Lumen Gentium (LG), que l’on trouve dans les Actes de Vatican II.

Ce chapitre 5, intitulé « La vocation universelle à la sainteté dans l’Église », nous rappelle que le Seigneur Jésus lui-même nous a dit :

« Vous donc, soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

C’est pour nous aider à atteindre ce but que Dieu a envoyé l’Esprit saint aider tous les chrétiens à vivre selon ce commandement. La grâce reçue au baptême nous a sanctifiés, c’est-à-dire qu’elle nous fait participer à la sainteté de Dieu en nous rendant frères et sœurs du Christ et dans le Christ.

C’est par notre fidélité à cette grâce baptismale, par le désir d’imiter le Christ et de rester fidèle à sa Bonne Nouvelle que nous atteindrons le but ultime : participer à la sainteté de Dieu en devenant saint.

Tout le monde peut y accéder, quel que soit son statut dans la vie. Pauvres, marginalisés, gens de famille ou de célibat, travailleurs ou retraités, malades ou en santé, jeunes ou âgés, tous y sont appelés!

C’est ce que Lumen Gentium nous apprend en développant la notion du « sacerdoce » du Peuple de Dieu, sacerdoce par lequel tous les baptisés, qui forment le Peuple de Dieu, sont appelés à rendre le Christ présent dans le monde. Les chrétiens « exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâce, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active. » (LG 10)

Cette vie sainte s’exprime entre autres par l’amour de Dieu, de soi et du prochain, le partage, la bonté, le service. Le Seigneur Jésus appelle chacun des baptisés à vivre selon ces préceptes, qui mènent à la sainteté lorsqu’ils sont appliqués intégralement

Tous ceux qui atteignent cet idéal deviennent à leur tour des modèles à proposer aux autres chrétiens. C’est pourquoi l’Église continue à créer des saints et des saintes. Les membres du Peuple de Dieu répondent encore et encore à l’appel à la sainteté que lui lance Dieu.

Rosalie devient dans ce contexte un exemple frappant de l’universalité de l’appel lancé par Dieu à ses enfants. Rosalie, ne l’oublions pas, a vécu une vie somme toute assez semblable à celle de bien des femmes de son époque : mariée jeune, elle a mis au monde onze enfants. Six seulement ont survécu.
Devenue veuve tôt dans sa vie, elle a souffert d’une mauvaise santé, de conditions de vie difficiles, de pauvreté. Elle a accepté toutes ces épreuves le cœur serein et s’en est remise à Dieu.

Se considérant trop peu instruite pour fonder une communauté, il a fallu que son évêque Mgr Bourget s’en mêle en lui disant « Dieu le veut » pour qu’elle accepte de fonder une communauté avant-gardiste, basée sur l’accueil exempt de jugement… Sa façon de vivre en communauté en faisait un membre dévoué mais effacé, sa modestie naturelle l’empêchant de trop prendre les devants. Rosalie n’était pas remarquable aux yeux de la société d’alors, qui la jugeait, au contraire.

Ce sont des actions quotidiennes entièrement tournées vers le bien commun, des attitudes de partage et d’amour universel, qui en ont fait un modèle, une inspiration pour ceux qui la voyaient évoluer au jour le jour. Pas d’actions d’éclat dans la vie de Rosalie. Seule une certitude tranquille de vouloir respecter la volonté de Dieu et ses commandements d’amour l’a guidée au long de sa vie. Rosalie, peut-être, serait la première surprise de savoir que son entourage et ensuite tous ceux qui l’ont connue et aimée par le biais des témoignages désirent qu’elle soit reconnue sainte par l’Église, c’est-à-dire proposée en modèle à tous les chrétiens.

D’après BESSETTE, Sylvie, Explorations spirituelles avec Rosalie Cadron-Jetté, Montréal, CRCJ, 2007, p. 47 et suivantes. Pour consulter ce livre en ligne, cliquez-ici.